Robert Louis Stevenson, un célibataire sur les chemins cévenols
En septembre 1878, un jeune écrivain écossais de 28 ans quitte Le Monastier-sur-Gazeille en Haute-Loire avec une ânesse nommée Modestine. Robert Louis Stevenson n'est pas encore l'auteur célèbre de *L'Île au trésor*. Il est surtout un homme seul, le cœur lourd d'un amour contrarié pour Fanny Osbourne, partie en Californie. Pendant douze jours et 272 kilomètres, il traverse les hauts plateaux du Velay, le Gévaudan, le mont Lozère et les vallées cévenoles jusqu'à Saint-Jean-du-Gard.
De cette aventure solitaire naîtra *Voyage avec un âne dans les Cévennes*, récit fondateur du voyage à pied. Le GR70, balisé en rouge et blanc, retrace aujourd'hui fidèlement cet itinéraire. Et il attire chaque année des milliers de marcheurs — dont beaucoup de célibataires — séduits par la promesse d'un chemin introspectif, sauvage et profondément humain.
Parcourir le chemin de Stevenson entre célibataires, c'est marcher dans les pas d'un homme qui cherchait, à travers l'effort et la solitude choisie, une forme de clarté intérieure. C'est aussi l'occasion de partager des étapes mémorables avec d'autres randonneurs solo, dans des paysages parmi les plus préservés de France.
Les étapes du GR70 : de la Haute-Loire aux Cévennes
Le GR70 se divise naturellement en quatre grandes sections géographiques. Chacune possède son caractère, ses difficultés et ses points d'intérêt. Voici le découpage classique en 12 étapes, tel que Stevenson l'a lui-même vécu.
Du Monastier-sur-Gazeille à Langogne : le Velay et le Gévaudan
Les quatre premières étapes traversent les hauts plateaux volcaniques du Velay, puis descendent vers le bassin de Langogne. Le paysage est ouvert, venteux, ponctué de forêts de pins et de hameaux en pierre de basalte.
- Étape 1 : Le Monastier-sur-Gazeille — Le Bouchet-Saint-Nicolas (22 km, +650 m / -400 m)
- Étape 2 : Le Bouchet-Saint-Nicolas — Pradelles (24 km, +500 m / -550 m)
- Étape 3 : Pradelles — Langogne (20 km, +350 m / -500 m)
- Étape 4 : Langogne — Cheylard-l'Évêque (18 km, +450 m / -300 m)
C'est la partie la moins fréquentée du chemin. Les randonneurs célibataires qui démarrent ici profitent d'une mise en jambes progressive et d'une ambiance calme, presque méditative. Le lac du Bouchet, ancien cratère volcanique rempli d'eau turquoise, constitue un arrêt remarquable dès le premier jour.
La traversée du mont Lozère et la descente vers les Cévennes
À partir de Cheylard-l'Évêque, le chemin s'élève vers la Lozère, point culminant du parcours à 1 699 mètres au sommet du Finiels. Les paysages changent radicalement : landes de bruyère, tourbières, chaos granitiques. Puis c'est la bascule vers le sud, la descente spectaculaire vers Florac et les vallées cévenoles aux châtaigniers centenaires.
- Étape 5 : Cheylard-l'Évêque — Luc (17 km, +400 m / -350 m)
- Étape 6 : Luc — Le Bleymard (19 km, +550 m / -200 m)
- Étape 7 : Le Bleymard — Le Pont-de-Montvert (22 km, +750 m / -850 m) — étape reine avec le passage du sommet de Finiels
- Étape 8 : Le Pont-de-Montvert — Florac (24 km, +500 m / -700 m)
L'étape 7 est souvent citée comme la plus marquante. Par temps clair, la vue depuis le Finiels embrasse les Alpes, le mont Ventoux et les Pyrénées. C'est aussi l'étape où les rencontres entre marcheurs se font le plus naturellement : on partage un abri contre le vent, un thermos de café, un moment de contemplation silencieuse.
Les quatre dernières étapes (Florac — Cassagnas — Saint-Germain-de-Calberte — Saint-Jean-du-Gard) plongent dans les Cévennes profondes, classées au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les sentiers serpentent entre des terrasses de schiste, des mas isolés et des rivières cristallines où l'on peut se baigner en été.
Informations pratiques : préparer son GR70
Quand partir ?
La meilleure période s'étend de mai à octobre. Voici les nuances selon la saison :
- Mai-juin : températures agréables (12-22°C), sentiers peu fréquentés, genêts en fleur sur les plateaux. Risque de pluie plus élevé en altitude.
- Juillet-août : chaleur marquée dans les vallées cévenoles (jusqu'à 35°C), forte affluence, hébergements à réserver longtemps à l'avance. Le passage du mont Lozère reste frais.
- Septembre-octobre : la période idéale pour beaucoup. Lumière dorée, châtaignes au sol, températures douces. Les hébergements sont plus disponibles et l'ambiance entre randonneurs plus conviviale, car les marcheurs de cette arrière-saison sont souvent des passionnés.
Pour les célibataires souhaitant maximiser les rencontres sur le chemin, septembre offre le meilleur équilibre entre fréquentation suffisante et intimité des étapes.
Comment y accéder ?
- Le Monastier-sur-Gazeille (départ) : accessible en bus depuis Le Puy-en-Velay (20 min), lui-même relié par TER à Saint-Étienne et Clermont-Ferrand.
- Saint-Jean-du-Gard (arrivée) : bus régulier vers Alès (45 min), puis TER vers Nîmes ou Montpellier.
- Transport de bagages : plusieurs services (La Malle Postale, Cévennes Bagages) assurent le transfert de sac d'étape en étape pour environ 8 à 12 euros par étape. Une option précieuse si vous souhaitez marcher léger et profiter pleinement des rencontres en chemin.
Budget et hébergements
Comptez entre 40 et 80 euros par jour selon votre style :
- Gîtes d'étape et refuges : 20 à 35 euros la nuitée en dortoir, souvent avec demi-pension à 45-55 euros. Le gîte de La Vernède (entre Le Pont-de-Montvert et Florac) et le gîte du Merlet (près de Cassagnas) sont réputés pour leur accueil chaleureux et les tablées communes — un vrai catalyseur de rencontres.
- Chambres d'hôtes : 55 à 85 euros la nuit. Plus d'intimité, mais moins d'occasions d'échanger avec d'autres marcheurs.
- Bivouac : autorisé dans le Parc national des Cévennes entre 19h et 9h, à plus d'une heure de marche d'un accès routier. Gratuit, mais exige un équipement adapté (environ 3 à 4 kg supplémentaires dans le sac).
La réservation est indispensable de juin à septembre, surtout pour les gîtes des étapes 6 à 10. Beaucoup de marcheurs solo réservent au fil de l'eau en basse saison, ce qui laisse plus de flexibilité pour s'adapter au rythme des rencontres.
Niveau de difficulté
Le GR70 est classé modéré. Pas besoin d'être un athlète, mais une condition physique correcte est nécessaire :
- Distance totale : 272 km (variante courte depuis Langogne : 220 km)
- Dénivelé positif cumulé : environ 6 500 mètres
- Durée classique : 12 à 14 jours
- Étape la plus longue : Florac — Cassagnas (27 km)
- Étape la plus exigeante : Le Bleymard — Le Pont-de-Montvert (passage à 1 699 m)
Si vous débutez en randonnée, envisagez de ne parcourir qu'une section du chemin — par exemple les 5 dernières étapes (Le Bleymard à Saint-Jean-du-Gard), qui concentrent les paysages les plus spectaculaires en 5 à 6 jours de marche.
Pourquoi le GR70 est le sentier idéal pour les célibataires
Tous les grands itinéraires de randonnée ne se prêtent pas aussi bien aux rencontres. Le chemin de Stevenson possède plusieurs caractéristiques qui en font un terrain particulièrement favorable pour les randonneurs solo.
Un rythme propice aux échanges. Contrairement au GR20 corse ou au Tour du Mont-Blanc, le GR70 n'impose pas de longues journées épuisantes. Les étapes de 18 à 24 km laissent du temps pour marcher côte à côte, s'arrêter contempler un panorama, partager un pique-nique au bord d'une rivière. On arrive aux gîtes en milieu d'après-midi, avec de longues heures devant soi pour discuter.
Des hébergements conviviaux. Les gîtes d'étape du chemin de Stevenson cultivent une tradition d'accueil collectif. Les tablées communes du soir — souvent autour d'une aligot en Lozère ou d'un pélardon des Cévennes — créent une atmosphère chaleureuse où les conversations naissent naturellement. On y retrouve les marcheurs croisés dans la journée, on compare les ampoules et les coups de cœur paysagers.
Une communauté de marcheurs solo. Le GR70 attire une proportion remarquable de randonneurs seuls. Le récit de Stevenson lui-même — un homme solitaire en quête de sens — résonne particulièrement chez ceux qui voyagent sans compagnon. Sur le chemin, la solitude n'est jamais subie : elle est un choix, et les autres marcheurs le comprennent instinctivement.
Un cadre littéraire et culturel. Avoir un sujet de conversation commun facilite les premiers échanges. Sur le GR70, ce sujet existe d'office : Stevenson, son récit, sa relation avec Modestine, l'histoire des Camisards, le protestantisme cévenol. Les soirées en gîte tournent souvent autour de lectures à voix haute de passages du *Voyage avec un âne*. Un terreau fertile pour des connexions authentiques.
Cinq conseils pour randonner seul(e) sur le chemin de Stevenson
1. Emportez le livre. *Voyage avec un âne dans les Cévennes* existe en édition de poche légère (moins de 150 g). Le lire étape par étape, en parallèle de votre propre marche, transforme l'expérience. C'est aussi un excellent moyen d'engager la conversation avec un autre marcheur : « Vous en êtes à quel chapitre ? »
2. Choisissez les gîtes d'étape plutôt que les chambres d'hôtes. Si votre objectif est de rencontrer d'autres célibataires et randonneurs solo, les dortoirs et les repas collectifs sont incomparablement plus efficaces. Le gîte de Mirandol à Chasseradès et la ferme de Montméjean près de Saint-Germain-de-Calberte sont particulièrement réputés pour leur ambiance.
3. Adaptez votre rythme aux rencontres. Vous croisez quelqu'un qui marche à votre allure ? Proposez de faire un bout de chemin ensemble. Sur le GR70, c'est une pratique courante et bienvenue. Certains binômes formés le premier jour finissent par parcourir tout le chemin ensemble.
4. Prévoyez une journée de repos. Florac, au pied du mont Lozère, est l'endroit idéal pour une pause. Son marché du jeudi matin, ses restaurants de terroir et la possibilité de visiter les gorges du Tarn toutes proches en font une étape où l'on aime s'attarder. C'est aussi l'occasion de retrouver des marcheurs qui avaient pris de l'avance ou du retard.
5. Partagez votre expérience en temps réel. Tenez un carnet de route, prenez des photos des paysages et des rencontres (avec permission). Ces souvenirs partagés créent des liens durables. Beaucoup de randonneurs du GR70 restent en contact bien après la fin du chemin.
Explorer les Cévennes au-delà du GR70
Le chemin de Stevenson traverse le cœur des Cévennes, mais cette région offre bien d'autres possibilités pour prolonger l'aventure ou y revenir.
Les gorges du Tarn et les gorges de la Jonte, accessibles depuis Florac, proposent des sentiers spectaculaires le long de falaises calcaires où nichent les vautours fauves réintroduits depuis les années 1970. Le sentier des 4 000 marches, qui relie Valleraugue au sommet de l'Aigoual (1 567 m), est un classique exigeant mais magnifique.
Pour ceux qui souhaitent découvrir d'autres grands itinéraires entre célibataires, un séjour randonnée dédié aux solos permet de tester la formule en groupe organisé avant de se lancer sur un GR en autonomie. Les Cévennes se prêtent particulièrement bien à ce type de séjour, avec des prestataires locaux qui proposent des formules tout compris de 4 à 7 jours.
Le Parc national des Cévennes est aussi l'un des rares endroits en France métropolitaine labellisés Réserve internationale de ciel étoilé. Bivouaquer sur le mont Lozère par une nuit sans lune, la Voie lactée étalée d'un horizon à l'autre, fait partie de ces expériences qui marquent une vie. Et qui se partagent merveilleusement bien.
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Marcher 272 kilomètres seul(e) peut sembler intimidant. Marcher 272 kilomètres avec un(e) inconnu(e) qui partage votre rythme, vos centres d'intérêt et votre goût pour les chemins de traverse — voilà qui change tout.
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Stevenson écrivait : *« L'important, ce n'est pas la destination, c'est le voyage. »* Sur le GR70, ajoutons : ce sont aussi les gens que l'on rencontre en chemin.



