4 200 kilomètres, 14 mois, zéro regret
Je m'appelle Julien, j'ai 38 ans, et en mars 2025, j'ai quitté mon appartement à Lyon avec un sac de 12 kg sur le dos. Mon projet : découvrir la France en randonnée, du nord au sud, de l'est à l'ouest, en reliant les plus beaux sentiers du pays. Pas de voiture. Pas de compagnon de route fixe. Juste mes chaussures de trail, un tarp ultra-léger et une envie féroce de changer d'air après une rupture qui m'avait laissé à plat.
Quatorze mois plus tard, j'avais parcouru environ 4 200 km à travers 11 régions, accumulé plus de 120 000 mètres de dénivelé positif et dormi dans 87 hébergements différents — refuges, gîtes d'étape, bivouacs sauvages. Surtout, j'avais rencontré des dizaines de personnes qui, comme moi, avaient choisi de voyager à pied en France pour se reconnecter à l'essentiel.
Voici le récit de ce tour de France des sentiers, avec les étapes marquantes, les galères, les coups de coeur et les conseils pratiques que j'aurais aimé avoir avant de partir.
De la Côte d'Opale aux falaises bretonnes : le grand départ
Les premiers pas sur le GR120
Tout a commencé au Cap Gris-Nez, dans le Pas-de-Calais. J'ai choisi de débuter par le sentier du littoral (GR120) qui longe la Côte d'Opale sur environ 150 km jusqu'à la baie de Somme. En mars, le vent souffle fort — comptez des rafales à 60-70 km/h certains jours — mais la lumière sur les dunes de Wissant et les falaises de craie du cap Blanc-Nez est absolument spectaculaire.
Infos pratiques pour cette étape :
- Distance : 150 km en 7 jours de marche
- Dénivelé cumulé : environ 1 800 m (le relief est plus marqué qu'on ne l'imagine)
- Difficulté : facile à modéré
- Accès : TER depuis Lille jusqu'à Calais, puis bus vers le cap Gris-Nez
- Budget hébergement : 25 à 45 euros la nuit en chambre d'hôtes
La solitude des premiers jours m'a surpris. Pas celle du paysage — les plages étaient désertes et magnifiques — mais celle du soir, quand on mange seul dans un gîte silencieux. C'est précisément à ce moment-là que j'ai téléchargé RandoDate pour la première fois, sur les conseils d'un randonneur croisé à Boulogne-sur-Mer.
Le GR34, une révélation bretonne
Après la Côte d'Opale, j'ai bifurqué vers la Bretagne par le train depuis Abbeville. Direction Brest et la presqu'île de Crozon, point de départ de ma section préférée du GR34, le mythique sentier des douaniers.
Entre la pointe de Pen-Hir et le cap de la Chèvre, le sentier serpente à flanc de falaise au-dessus d'une mer turquoise qui n'a rien à envier aux Caraïbes — quand le soleil daigne se montrer. J'ai parcouru 210 km en 10 jours, de Brest à Douarnenez, en dormant dans des campings municipaux à 8-12 euros la nuit.
C'est en Bretagne que j'ai fait ma première vraie rencontre de randonnée. Sophie, 42 ans, marchait seule depuis Roscoff. On a partagé trois étapes ensemble, et c'est elle qui m'a convaincu que les sentiers côtiers bretons méritaient qu'on y revienne en groupe. Elle avait raison : la convivialité des gîtes d'étape bretons est légendaire. Les crêpes du soir au beurre salé, aussi.
Les montagnes du sud : Pyrénées, Pays basque et arrière-pays niçois
Après la Bretagne, j'ai continué vers le sud en longeant la côte atlantique, puis j'ai bifurqué vers l'intérieur des terres à Bayonne. Le contraste avec les sentiers côtiers était saisissant.
Le Pays basque à pied : entre océan et montagne
Le Pays basque offre une diversité de paysages concentrée sur un territoire minuscule. En cinq jours, je suis passé des falaises de Biarritz aux crêtes de la Rhune (905 m), puis aux forêts profondes de la vallée des Aldudes.
Le GR10, qui traverse les Pyrénées d'ouest en est sur 866 km, m'a accompagné pendant trois semaines. Je n'ai parcouru que la section basque et béarnaise — environ 280 km entre Hendaye et Lescun — mais chaque jour apportait son lot de surprises :
- Les vautours fauves au-dessus des gorges de Kakuetta
- Le fromage de brebis acheté directement aux bergers dans les cayolars
- Les levers de soleil depuis le pic d'Orhy (2 017 m), premier sommet de plus de 2 000 m des Pyrénées en venant de l'ouest
- Les refuges gardés où l'on partage la soupe avec des inconnus qui deviennent des amis en une soirée
- Le passage du col d'Artzamendi par temps clair, avec vue simultanée sur l'océan et la chaîne pyrénéenne
Le dénivelé quotidien oscillait entre 800 et 1 500 mètres positifs. Mon corps a mis une bonne semaine à s'adapter après les sentiers plats de la côte. Un conseil : si vous envisagez de randonner sur le GR10, investissez dans une préparation physique sérieuse au moins deux mois avant.
L'arrière-pays niçois : le secret le mieux gardé
Après les Pyrénées, j'ai pris le train jusqu'à Nice pour attaquer la partie méditerranéenne de mon périple. Tout le monde connaît la Promenade des Anglais, mais très peu de gens savent que l'arrière-pays niçois recèle des sentiers de montagne extraordinaires à moins d'une heure de la côte.
Le GR52, qui relie Menton au parc national du Mercantour, m'a offert des paysages alpins à couper le souffle. La vallée des Merveilles, avec ses 40 000 gravures rupestres datant de l'âge du Bronze, vaut à elle seule le détour. Comptez 2 jours de marche depuis le refuge de Nice (2 232 m) pour l'explorer correctement.
Données pratiques pour le Mercantour :
- Meilleure saison : juin à septembre
- Refuge de Nice : 48 euros en demi-pension (réservation obligatoire en été)
- Accès depuis Nice : bus 730 jusqu'à Saint-Martin-Vésubie, puis 3h de marche
- Altitude maximale sur le GR52 : col de Fenestre, 2 474 m
C'est dans le Mercantour que j'ai croisé le plus grand nombre de randonneurs solo. Beaucoup étaient célibataires, venus chercher l'altitude et le silence. Plusieurs m'ont dit avoir trouvé des compagnons de marche grâce à des applications dédiées aux rencontres en randonnée. La montagne rapproche les gens d'une manière que la ville ne permet pas.
La France du centre : volcans d'Auvergne et chemins de Compostelle
À mi-parcours de mon tour de France à pied, j'ai traversé le Massif central. Cette région souffre d'un déficit d'image injuste : elle abrite certains des sentiers les plus sauvages et les moins fréquentés du pays.
La chaîne des Puys et le Sancy
Le GR30, surnommé le « tour des lacs d'Auvergne », fait une boucle de 198 km autour du massif du Sancy. En 10 jours, j'ai enchaîné les lacs de cratère — lac Pavin (92 m de profondeur, le plus profond d'Auvergne), lac Chambon, lac de Guéry — et les panoramas volcaniques qui donnent l'impression de marcher sur une autre planète.
Le puy de Sancy (1 886 m), point culminant du Massif central, se mérite par une montée raide de 600 m de dénivelé depuis le Mont-Dore. Mais la vue à 360 degrés sur les monts Dore justifie chaque goutte de sueur. Par temps clair, on aperçoit le Cantal à 50 km au sud.
L'hébergement en Auvergne est remarquablement abordable : j'ai trouvé des gîtes d'étape entre 18 et 30 euros la nuit, petit-déjeuner compris. La gastronomie locale — truffade, aligot, saint-nectaire fermier — m'a fait prendre 3 kg en 10 jours malgré les 20 km quotidiens.
Sur les chemins de Saint-Jacques
Depuis le Puy-en-Velay, j'ai emprunté la via Podiensis (GR65) sur 160 km jusqu'à Conques. Ce tronçon du chemin de Compostelle est sans doute le plus célèbre de France, et pour cause : les paysages de l'Aubrac en mai, avec les narcisses sauvages qui tapissent les estives à perte de vue, sont d'une beauté presque irréelle.
Sur le GR65, la solitude n'existe pas. Les gîtes pèlerins fonctionnent sur le principe du « premier arrivé, premier servi » et les repas se prennent en commun. J'ai partagé ma table avec un retraité japonais, une institutrice belge, un couple de Québécois et une avocate parisienne en reconversion — tous marcheurs, tous en quête de quelque chose.
Si l'idée d'un séjour randonnée entre célibataires en France vous tente, le chemin de Saint-Jacques est un terrain de jeu idéal. L'ambiance y est naturellement ouverte et bienveillante.
Perpignan, la Méditerranée et les Pyrénées orientales
L'une de mes étapes les plus sous-estimées : Perpignan et ses environs. La capitale catalane française est un point de départ exceptionnel pour des randonnées variées.
En trois jours, j'ai enchaîné :
- Le sentier du littoral entre Collioure et Banyuls (18 km, 600 m de dénivelé, difficulté modérée), avec des vues plongeantes sur la côte Vermeille
- L'ascension du pic du Canigou (2 784 m) depuis le refuge des Cortalets, sommet sacré des Catalans, accessible entre juin et octobre
- Une boucle dans les gorges de la Fou, les plus étroites de France (2 m de large pour 200 m de haut)
Perpignan bénéficie de 300 jours d'ensoleillement par an, ce qui en fait une destination de randonnée praticable quasiment toute l'année. Le train depuis Paris met 4h45 en TGV, et les sentiers démarrent à 30 minutes de la gare.
Ce que 14 mois de marche m'ont appris sur la vie en solo
Voyager à pied en France quand on est célibataire, ce n'est pas fuir la solitude. C'est l'apprivoiser, puis la transformer en liberté.
En 14 mois, j'ai appris à choisir mon rythme sans négocier. À m'arrêter devant un point de vue sans que personne ne me presse. À accepter les jours de pluie comme les jours de grand bleu. Mais j'ai aussi appris que les meilleures étapes sont celles qu'on partage.
Sur les 4 200 km parcourus, j'estime avoir marché 60 % du temps seul et 40 % en compagnie — parfois pour une heure, parfois pour une semaine entière. Chaque rencontre a enrichi mon voyage d'une manière que je n'avais pas anticipée. Un berger ariégeois m'a enseigné à lire les nuages. Une randonneuse rencontrée sur le GR34 m'a fait découvrir la cuisine au réchaud. Un groupe de célibataires croisé en Auvergne m'a montré qu'on pouvait rire aux éclats au sommet d'un volcan éteint.
Mes conseils pour celles et ceux qui voudraient tenter l'aventure :
- Commencez par des sections de 5 à 7 jours avant de vous lancer dans un projet au long cours
- Prévoyez un budget de 30 à 50 euros par jour (hébergement, nourriture, transport ponctuel)
- Investissez dans de bonnes chaussures — j'ai usé trois paires en 14 mois — et testez-les sur au moins 100 km avant le grand départ
- Téléchargez les cartes IGN hors ligne sur votre téléphone, mais emportez aussi une carte papier au 1:25 000 pour les zones sans réseau
- N'hésitez pas à alterner marche et train pour relier les sections : la France dispose d'un réseau ferroviaire qui dessert la plupart des points de départ de GR
- Parlez aux gens. Dans les refuges, dans les gîtes, sur les sentiers. Les randonneurs sont, dans leur immense majorité, des personnes ouvertes et bienveillantes
Trouvez vos compagnons de sentier avec RandoDate
Mon tour de France à pied m'a convaincu d'une chose : la randonnée est le meilleur moyen de créer des liens authentiques. Pas de masque social, pas de posture. Juste deux personnes qui marchent côte à côte, partagent l'effort et découvrent un paysage ensemble.
Si vous êtes célibataire et que l'idée de découvrir la France en randonnée vous séduit — que ce soit pour une sortie d'une journée ou un trek de plusieurs semaines — vous n'avez pas besoin de tout organiser seul(e).
Rando Célibataire référence des randonneurs solo dans toute la France, et l'application RandoDate vous permet de trouver des compagnons de marche près de chez vous ou sur votre prochain itinéraire. Que vous partiez de Brest, de Nice ou de Perpignan, il y a forcément quelqu'un qui rêve du même sentier que vous.
Mon tour de France n'est pas terminé. Il ne le sera probablement jamais. Mais depuis que je marche avec d'autres, chaque kilomètre compte double.



